Céline
Sur le blog de Dominique Autier, je tombe à propos de Céline sur une phrase pour moi ahurissante, car je ne pensais pas que quelqu'un d'"éclairé" puisse encore en être là : " En son temps, j'ai refermé Le Voyage…, ouvert à contrecœur, au bout de dix pages. Le rejet est organique. On ne fait pas cela avec la langue !".
Je pense au contraire que la langue de Céline correspond à une intrusion nécessaire, indispensable, du parler populaire ( qu'il ne livre d'ailleurs pas comme une langue folklorique ou argotique, comme Carco ou Mac Orlan, mais qu'il élabore et travaille longuement, soigneusement, au fil des livres pour créer un style, et surtout un rythme, bien à lui ).
Il maltraite et déforme la langue littéraire comme la société déforme et maltraite les hommes : chez Céline, l'instrument a été forgé brillamment en vue d'un projet vengeur. Dans le Voyage, Il s'agit peu d'ironie, malgré les apparences (Autié fait même appel au Canard Enchaîné! - mais il n'a pas lu Céline) : il s'agit plutôt d'essayer de se mettre avec sa langue au niveau du désastre de la guerre de 14-18, ce suicide de l'Europe étendu sur quatre années d'horreur absolue, et auquel Céline a participé. Qui d'autre y est parvenu avec la même puissance? C'est pourquoi il y a un avant et un après Voyage; c'est pourquoi le Voyage est comme un trou dans la littérature mondiale; c'est pourquoi ce livre est pour toujours le compagnon des humiliés et des offensés, malgré l'ignominie postérieure de l'auteur.
Il est ridicule de prétendre définir des critères : au nom de quoi ne pas faire cela avec la langue? - Et que dire du jargon précieux, fautif, vulgaire et suffisant qui a envahi les médias, la presse, etc...?
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