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Paul-Jean Toulet

Publié le par Nouvelles du silence

 

Ce n'est pas drôle de mourir
    Et d'aimer tant de choses
La nuit bleue et les matins roses
    Le verger plein de glaïeuls roses
L'amour prompt, les fruits lents à mûrir...

    Ni que tourne en fumée
mainte chose jadis aimée;
    Tant de sources tarir...

    Enfance, coeur léger...

(dernier poème, inachevé)

                              ***
C' est Dimanche aujourd' hui. L' air est couleur du miel.
Le rire d' un enfant perce la cour aride :
On dirait un glaïeul élancé vers le ciel.
Un orgue au loin se tait. L' heure est plate et sans ride.

                              ***
La vie est plus vaine une image
    Que l' ombre sur le mur.
Pourtant l' hiéroglyphe obscur
    Qu' y trace ton passage

M' enchante, et ton rire pareil
    Au vif éclat des armes ;
Et jusqu' à ces menteuses larmes
    Qui miraient le soleil.

Mourir non plus n' est ombre vaine.
    La nuit, quand tu as peur,
N' écoute pas battre ton coeur :
    C' est une étrange peine.

                            ***

Le temps irrévocable a fui. L' heure s' achève.
Mais toi, quand tu reviens, et traverses mon rêve,
Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,
Tes yeux plus clairs.

A travers le passé ma mémoire t' embrasse.
Te voici. Tu descends en courant la terrasse
Odorante, et tes faibles pas s' embarrassent
Parmi les fleurs.

Par un après−midi de l' automne, au mirage
De ce tremble inconstant que varient les nuages,
Ah ! Verrai−je encor se farder ton visage
D' ombre et de soleil ?

                             ****

Je me rappelle un jour de l' été blanc, et l' heure
Muette, et les cyprès... mais tu parles : soudain,
Je rêve, les yeux clos, à travers le jardin,
D' une source un peu rauque, et qu' on entend qui pleure.


1867-1920.
Lui-même prononçait son nom : "too late". Après être tombé pendant longtemps dans l'oubli, le voici justement revenir à l'honneur. Outre les poèmes, on lui doit quelques proses curieuses et attachantes, exemplairement écrites, comme La jeune fille verte, ou Lettres à soi-même.

En ligne :
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contrerimes
http://fr.wikisource.org/wiki/Mon_Amie_Nane

 

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