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Pierre Reverdy

Publié le par Nouvelles du silence


 Le coeur écartelé (1937)


Il se ménage tellement

Il a si peur des couvertures

Les couvertures bleues du ciel

Et les oreillers de nuages

Il est mal couvert par sa foi

Il craint tant les pas de travers

Et les rues taillées dans la glace

Il est trop petit pour l’hiver

Il a tellement peur du froid

Il est transparent dans sa glace

Il est si vague qu’il se perd

Le temps le roule sous ses vagues

Parfois son sang coule à l’envers

Et ses larmes tachent le linge

Sa main cueille des arbres verts

Et les bouquets d’algues des plages

Sa foi est un buisson d’épines

Ses mains saignent contre son coeur

Ses yeux ont perdu la lumière

Et ses pieds traînent sur la mer

Comme les bras morts des pieuvres

Il est perdu dans l’univers

Il se heurte contre les villes

Contre lui-même et ses travers

Priez donc pour que le Seigneur

Efface jusqu’au souvenir

De lui-même dans sa mémoire

 

 ( Ferraille)

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