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Paul Celan

Publié le par Nouvelles du silence

                    
                   TOI AUSSI PARLE

Toi aussi parle,
parle comme le dernier,
dis ta parole.

Parle -
Mais ne sépare pas le oui du non
Donne aussi le sens à ta parole :
donne lui l'ombre.

Donne-lui assez d'ombre,
donne-lui en tant,
que tu en sais autour de toi partagée
entre minuit et midi et minuit.

Regarde alentour,
vois, comment ce qui t'entoure devient vivant -
Par la mort ! Vivant !
Qui parle ombre parle vrai.

Mais voici que rétrécit l'endroit ou tu es ;
Maintenant où aller, dénué d'ombre, où aller ?
Monte. Vers le haut en tâtonnant.
Plus grêle tu deviens, plus méconnaissable, plus fin !
Plus fin : un fil,
où l'étoile veut descendre :
pour nager en bas, tout en bas,
là où elle se voit scintiller : dans la houle
des mots errants.


*******

Alors que je me noie
Tu me jettes de l’or :
Peut-être un poisson
Se laisserait-il acheter.

******


                LIT DE NEIGE

Yeux, aveugles au monde, dans la faille du mourir : je viens,
Une pousse dure au coeur.
Je viens.

Mur abrupt, miroir de lune. En bas.
(Lueur tachée de souffle. Stries de sang.
Âme nuageuse qui encore une fois est proche de prendre corps.
Ombre des dix doigts- cramponnés)

Yeux, aveugles au monde
yeux dans la faille du mourir,
yeux, yeux :

Le lit de neige sous nous deux, le lit de neige.
Cristal après cristal,
au temps profond emprisonné, nous tombons,
nous tombons et gisons et tombons,

Et tombons :
Nous fûmes. Nous sommes.
Une seule chair avec la nuit.
A la lisière, la lisière.

     celan
Sur Celan : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/celan/celanpaul.html

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