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Mièvre, Bobin?

Publié le par Nouvelles du silence



 Jamais la négation de l'âme n'a été aussi forte et tranquille. L'esprit n'est même plus nié, c'est plus sournois qu'une négation. Nous sommes comme des prisonniers dont le corps seul aurait le droit de sortir. L'âme va rester vingt-quatre heures sur vingt-quatre en prison: le reste, le clinquant, c'est seulement cela qui est libre.

Cette société ne croit plus qu'à elle-même, c'est-à-dire à rien. C'est donc une lutte infernale de chacun contre tous, car s'il n'y a qu'un seul monde autant y être le premier: il y a presque une logique là dedans. C'est le meurtre légal, accepté.

Aujourd'hui, il n'y a plus d'obstacles. On est dans une sorte de progression négative dont on ne voit pas le terme et qui est comme d'avancer dans une nuit vide de tout. On a déclenché quelque chose qui est sans pitié, comme un fou qui aurait libéré sa folie. Il faudra que tout soit atteint pour qu'on commence à réfléchir.

Le nihilisme porte un coup de boutoir à ce qui nous nourrit, et ce sont toutes les nourritures qui sont atteintes: on nous fait manger de mauvais mots, on nous fait avaler de terribles sourires. Il faudrait tout passer au jet, même les mots, même la religion.

Les bonnes volontés religieuses me font penser à ce que Rimbaud appelait des flaches: il n'y a en elles pas de quoi désaltérer ni capter un reflet du ciel. La religion est devenue une nourriture fade, qui ne nourrit plus personne, et quand elle parle du cœur c'est sans talent, parce qu'elle ne croit plus à ce mot.
Seule la poésie garde un ferment actif de révolte. Je ne crois pas que les grands poètes nous parlent seulement de papillons quand ils en parlent: ils nous apportent aussi un premier secours.
 
(La lumiière du monde)

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