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Joseph Joubert

Publié le par Nouvelles du silence

 

"Mme Victorine de Chastenay disait de moi "que j'avais l'air d'une âme qui a rencontré par hasard un corps, et qui s'en tire comme elle peut". Le mot est très joli et je ne puis disconvenir qu'il soit juste."

Avec Joubert, c'est un type nouveau d'écrivain qui apparaît : quelqu'un qui écrit tous les jours (des notes, des pensées, des fragments, un journal : comment nommer cela?), et ne publie jamais. Toute son oeuvre, importante, est posthume. On pense, toutes proportions gardées, à Kafka, Lichtenberg, Emily Dickinson :
"Quand, dites-vous? Je vous réponds :  - Quand j'aurais circonscrit ma sphère; " ou : "Lorsque le dernier mot est toujours celui qui s'offre le premier, l'ouvrage devient difficile", ou encore : "Je suis comme une harpe éolienne, qui rend quelques beaux sons et qui n'exécute aucun air."
D'autre part, on ne sait trop comment le classer : poète, moraliste, philosophe, critique, métaphysicien, il est tout cela à la fois et au même temps, par petites touches modestes et délicates ( ce qui est seulement suggérer son originalité - tout à coup , je pense à Chardin, à Cézanne...).

A aucun moment cependant, il ne boude le monde des Lettres : avant la Révolution, il fréquente Restif de la Bretonne, est un proche collaborateur de Diderot, puis noue une profonde amitié avec Chateaubriand. C'est ce dernier d'ailleurs qui, le premier, publie un choix de textes de Joubert en 1838. Il écrira dans les Mémoires d'outre-tombe : "  (...) c'était un égoïste qui ne s'occupait que des autres. (...) M.Joubert changeait à chaque moment de diète et de régime, vivant un jour de lait, un autre jour de viande hachée, se faisant cahoter au grand trot sur les chemins les plus rudes, ou traîner au petit pas dans les allées les plus unies. Quand il lisait, il déchirait de ses livres les feuilles qui lui déplaisaient, ayant, de la sorte, une bibliothèque à son usage, composée d'ouvrages évidés, renfermés dans des couvertures trop larges.(...) Platon à coeur de La Fontaine, il s'était fait l'idée d'une perfection qui l'empêchait de rien achever."
Né le 7 mai 1754 dans le Périgord, il est mort  à Paris en mai 1824, à l'âge de 70 ans.


"Comme Dédale, je me forge des ailes. Je les compose peu à peu, et en y attachant une plume par jour."

 

"Dieu est le lieu où je ne me souviens pas du reste."

 

"Comme les secousses d'une lumière qui cherche à se dégager."

 

"Figurez-vous maintenant qu'il prennent leur carte pour le pays même; et quand ils l'ont bien parcourue, ils croient l'avoir habitée."

 

"Entendez-vous ceux qui se taisent?"

 

"Une pensée est une chose aussi réelle qu'un boulet de canon."

 

"Ferme les yeux et tu verras."

 

"Ces philosophes ne sont tous que des chirurgiens."

 

"Et on ne saurait dire à quel point l'esprit est devenu sensuel (en littérature). On veut toujours quelque beauté ou quelque appât dans les écrits les plus austères; et on confond ce qui plaît avec ce qui est beau".

 

"La religion, qui rend inutile la philosophie".

 

" On dit que les âmes n'ont pas de sexe; certes elles en ont".

 

"La révolution a chassé mon esprit du monde réel en me le rendant trop horrible".

 

"Voir le monde, c'est juger les juges".

 

"Notre vie est du vent tissé."

 

"Du centre il faut apercevoir le cercle."

 

" - et si on les lit avec plaisir, c'est parce qu'on les lit avec confiance".

 

"Quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil."

 

"Le plus beau des courages, c'est d'être heureux".

 

"On pense avec précipitation et on s'exprime avec soin, avec étude, avec effort. C'est un défaut du siècle".  

 

 "On peut avancer longtemps dans la vie sans y vieillir".

 

"De ceux à qui le monde ne suffit pas : les saints, les conquérants, les poètes et tous les amateurs de livres".

 



En ligne :
http://fr.wikisource.org/wiki/Pens%C3%A9es,_essais_et_maximes_%28Joubert%29

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