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A propos de Maurice Blanchot...

Publié le par Nouvelles du silence


Sur le blog de Raphaël Sorin :

Je devins en 1987 le premier lecteur critique des articles cachés d’une autre pointure, Maurice Blanchot. Jeffrey Mehlman, un universitaire américain, avait publié chez Denoël Legs de l’antisémitisme en France où, sans citer l’Insurgé, il reprenait quand même les textes de Blanchot parus dans Combat, une autre feuille d’extrême droite, d'avant guerre.

Pour ma part, il me suffira de reproduire des extraits de l’Insurgé dans un encadré, accompagnés d’une photo de Blanchot « volée » sur un parking, pour secouer un tabou presque absolu: comment par miracle (?) l’écrivain serait-il passé d’un antisémitisme résolu à son contraire. Par miracle ou grâce à l’amitié et au seul pardon d’un philosophe juif, Emmanuel Lévinas ?


« Une race étrangère »

Chaque semaine Blanchot rédige un feuilleton littéraire, les Lectures de l’Insurgé. Il y esquisse un discours qui s’épanouira dans L’espace littéraire (Gallimard,1955) et, en le modulant, introduira dans les lettres françaises une forme dominante de terreur. La littérature «blanche» est déjà à l’œuvre. Sur les Vagues de Virginia Woolf, il annonce les tics à venir : « Elle écrit des romans sans histoire, sans anecdote et, presque, sans personnages. Elle est parfaitement indifférente à tout ce qu’on demande ordinairement au roman. »

Le même journaliste prend une autre plume, moins sereine, quand il aborde la politique. Voyons ce qu’il pense de Léon Blum :
« Il représente exactement ce qui est le plus méprisable pour la nation à laquelle il s’adresse, une idéologie arriérée, une mentalité de vieillard, une race étrangère…Blum signifie pour le Reich la France affaiblie, découronnée de ses gloires et livrées à l’étranger. La défaillance tragique, c’est que tous les Français ne le sentent pas. »


Un gros et dernier mensonge

Ce papier me valut à l’époque des lettres d’insulte. Leslie Kaplan, un écrivain que j’apprécie, fut la plus haineuse. Edmond Jabès, un proche de Blanchot, m’écrivit un mot mesuré et digne (il a été publié en plaquette aux Editions de l’œil écoute). Je crus comprendre que Philippe Sollers, en pesant ses mots, pensait comme moi : entre ce passé enfoui et les réflexions admirées par tous, de Derrida à Barthes, il y avait la même odeur, un goût de la mort détestable. Et puis vient de sortir le numéro 43 de la Revue Lignes, dirigée par le biographe de Georges Bataille, Michel Surya, numéro consacré aux «Politiques» de Maurice Blanchot, 1930-1983.

Cette revue a publié de nombreux inédits du vivant de Blanchot et rompt enfin avec la dévotion de ses amis. Elle va même loin en révélant son soutien à Pétain au moment de la prise de pouvoir. Ce qui explique peut-être la suite : un «refus» catégorique, obstiné, contre de Gaulle, contre le capitalisme. En somme une sorte de Rosebud politique. Tout Blanchot est à relire, si on y tient.

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