Mardi 10 novembre 2009



"Je ne crois pas qu'il y ait de grandes raisons de faire actuellement confiance à l'homme. Je le vois détruire tout ce à quoi je suis attaché : la nature, la diversité des espèces, les cultures. Je sais très bien que tout cela appartient à une époque révolue."
Claude Lévi-Strauss

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Dimanche 8 novembre 2009


En sortant l'autre jour d'une "librairie" (obligé de mettre ce mot, comme tant d'autres, entre guillemets, car il m'est impossible de confondre un hangar à divertissements faciles, sans fonds, sans vendeurs qualifiés, ni endroits pour s'asseoir et lire, avec ce que devrait être une librairie), je songeais qu'on en voulait la plupart du temps aux auteurs des mauvais livres qui paraissent et s'étalent avec arrogance le long des rayons et des étagères, alors que les véritables responsables sont (sauf exceptions) les éditeurs et leurs équipes, leur absence de goût, leur absence de culture, leur façon marketing toute politique-cynique d'incliner vers la facilité afin de vendre le plus, le plus cher et le plus vite possible.
Dans le même ordre d'idées, il faudrait en vouloir à ceux qui élisent un gouvernement, plutôt qu'à ce gouvernement lui-même; en vouloir à ceux qui nomment les ministres, plutôt qu'à un ministre indigne, aux parents incapables plutôt qu'aux enfants  inéduqués, etc...


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Jeudi 5 novembre 2009

"La planète est suffisamment vaste pour nourrir chacun,  mais pas assez pour la cupidité de tous".

Mahatma Gandhi
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Lundi 2 novembre 2009




Le Parc (1994), musique de W.A.Mozart.
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Vendredi 30 octobre 2009


Il est né le 30 octobre 1871 à Séte (qu'on écrivait Cette à l'époque) : l'un de nos rares grands écrivains à être né dans le midi.
Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de présenter ce brillant, malicieux et éternel jeune homme (ce qu'il est à mes yeux), tant de stupidités ayant été écrites et dites à son sujet (en particulier sur sa froideur ou sa malignité, - sans doute à cause de son exécration de tout sentimentalisme et de tout conformisme), mais de le lire , - ce qui est chaque fois une fête, au moins en ce qui concerne ses courts textes (comme Choses tues, Tel quel, ou Rhumbs). Les difficultés et subtilités qu'il évoque aiguisent l'esprit, et la façon dont il les traite rend plus intelligent : "Proposer aux hommes la lucidité dans une ère bassement romantique, dans l'ère mélancolique du nazisme et du matérialisme dialectique, des augures de la secte de Freud et des commerçants du surréalisme, telle est la mission méritoire qu'a accomplie (et accomplit encore) Valéry." (Borges, Enquêtes).


"...regarder, c'est à dire oublier les noms des choses que l'on voit".

"J'ai entendu dire que toutes les personnes superlatives n'étaient d'aucun sexe, ou de tous les deux."

"Quant à la "psychologie", de quoi parle-t-elle? (...) Elle ne voit que l'extérieur de l'intérieur."

"L'homme de génie est celui qui m'en donne."

"Celui qui n'a pas nos répugnances nous répugne."

"Dans toute discussion, ce n'est pas une thèse que l'on défend, c'est soi-même."

"La faiblesse de la force, est de ne croire qu'à la force."

"Il faut, un jour d'énergie, prendre le livre que l'on tient pour ennuyeux, lui ordonner d'être, essayer de reconstituer l'intérêt qu' y a pris l'auteur".

"Véritablement bon est l'homme rare qui jamais ne blâme les gens des maux qui leur arrivent."

"Le réveil fait aux rêves une réputation qu'ils ne méritent pas".

"Construire un petit monument à chacune de ses difficultés. Un petit temple à chaque question.
Sa stèle, à chaque énigme."

"Le cyclone peut raser une ville, mais pas même décacheter une lettre, dénouer ce noeud de fil."

"Rien de plus rare que de ne donner aucune importance aux choses qui n'ont aucune importance".

"Ceux qui ne savent pas dire ou répugnent à dire des choses vagues sont souvent muets et toujours malheureux."

"Il faut être infiniment sot ou infiniment ignorant pour oser avoir un avis sur la plupart des problèmes que la politique pose."





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Lundi 26 octobre 2009

Né en 1742, il était devenu bossu à cause d'une chute survenue dans son enfance, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir une vie amoureuse bien remplie. Professeur de philosophie, physicien, mathématicien, astronome, inventeur dans le domaine (nouveau à l'époque) de l'électricité, il est surtout connu pour son Sudelbüch, "livre brouillard" (allusion aux cahiers de comptabilité), regroupant à peu prés 8000 pensées, qui ne fut publié qu'après sa mort, à 57 ans, en 1799 :

"Une préface pourrait être intitulée : paratonnerre."

"Il s'étonnait que les chats eussent la peau percée de deux trous précisément à la place des yeux".

"Classer les styles comme les graines de salade :
1° grande anglaise non pareille;
2° pitre divisé en carrés;
3° pitre de Sachsenhausen à tête de pierre bigarré;
4° pitre de Sachsenhausen simple;
5° hâbleur bigarré;
6° grand mogul;
7° tête de prince éclatée."

"Il eut peur et la couleur de son visage, qui tenait beaucoup de celle de l'olive, passa du b1 g6 r1 au b1 g7."

"On pourrait appeler un Livre une sorte de "Tout ce qu'on peut"".

"J'ai connu quelqu'un qui imaginait les jours de la semaine sous la forme de figures particulières, une fois même, il dessina le mercredi sur la table."

"Il se coupait à lui-même la parole".

"Dessiné un rosier en hiver".

"Ils sentent avec la tête et pensent avec le coeur".

"Cet homme avait tant d'intelligence qu'il n'était presque plus bon à rien dans la vie".

"Il montait lentement et fièrement comme un hexamètre et sa femme trottinait derrière lui comme un petit pentamètre".

"Après une guerre de Trente ans avec lui-même, il parvint enfin à conclure un traité. Mais le temps était perdu."

"Par parabole : il portait toujours des éperons, mais ne faisait jamais de cheval."

"Il se mouvait aussi lentement que la petite aiguille d'une montre au milieu d'une quantité innombrable d'aiguilles indiquant les secondes".

"Les philosophies véritables et les philosophies en titre".

"C'était quand le temps n'avait pas encore de barbe".

"Il avait donné des noms à ses deux pantoufles".


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Vendredi 23 octobre 2009

Un homme marchait très lentement sous une pluie battante. Un passant pressé lui demanda:
- Pourquoi ne marches-tu pas plus vite?
- Il pleut aussi devant, répondit l'homme.
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Mardi 20 octobre 2009




Extrait du ventre de l'Architecte, de Peter Greenaway
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Samedi 17 octobre 2009
 

Sans doute le musicien qui engendre le plus de malentendus : on le voit comme quelqu'un d' uniment triste, maladif et larmoyant, alors que c'est un impressionniste avant la lettre : "Avant Debussy et certains Russes, écrit Gide dans ses Notes sur Chopin, je ne pense pas que la musique ait encore jamais été aussi pénétrée de jeux de lumière, de murmures d'eau, de vent, de feuillages".
Sa mauvaise réputation vient des littérateurs, mais surtout des interprètes, qui ont outré certains côtés de son oeuvre afin de mieux régler leurs comptes avec la musique, ou, plus simplement, leur piano. Mais le son "piano", comme il le jouait, était si ténu et délicat qu'il fallait approcher son oreille de l'instrument, ce qui impliquait un son "forte" égal à un son "normal" d'aujourd'hui. On a toujours accusé Chopin à son époque d'avoir un jeu sans élan ni éclat, et surtout de manquer de puissance, ce dont on a du mal à se rendre compte en écoutant ses interprètes. "Cela se met au piano,cela tape par-ci par-là, croise les mains sans savoir pourquoi et brise au bout de cinq minutes une pauvre touche innocente", disait-il déjà...Et Julien Green, dans son Journal à la date du 24 Novembre 1984 : "Chopin aura été le martyr de prédilection des pianistes à effets".
Il a été l'ami de Rossini et de Bellini, et trouvait Mozart techniquement supérieur à Beethoven. Tous les jours, il jouait...le clavier bien tempéré de Bach.
Non, l'essentiel pour Chopin, - dont c'est aujourd'hui le 160 éme anniversaire de la mort (à 39 ans) -, a toujours été de tisser autour d'un thème les nuances les plus pudiques, les plus élégantes, souvent aussi les plus ironiques; et parfois les plus agressives (dans les Scherzi, par exemple).
 




Trouvez-vous cela vraiment si "romantique"?

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Mercredi 14 octobre 2009



Discutant récemment avec un ami, je me rendis compte que, sous l'influence de la propagande ambiante, il pensait que la "gauche" était restée longtemps au pouvoir.
 - Pas plus de 15 ans sur 54! lui dis je. Et on l'accable de tous les maux passés, présents et à venir!  Et on en fait une fatalité! Au lieu d'abolir une fois pour toutes les lois qu'on trouve à tort ou à raison mauvaises! Non, mais quel bon alibi pour ne rien faire tout en ayant raison!
Il écarquilla les yeux :
- Calcule : je ne retiens que les périodes où les Français ont élu une Chambre à "gauche", et où donc la "gauche" avait le pouvoir législatif, le plus important selon moi, celui de faire et  de défaire les lois : 1981-1986 = 5 ans, 1988-1993 = 5 ans, et 1997-2002 = 5 ans (et encore, en cohabitation).
Donc de 1958 à 2012, 15 ans sur 54. 
- Mais pourquoi est-ce que tu mets tout le temps le mot gauche entre guillemets?



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Dimanche 11 octobre 2009
                                                                    

                                                                      "Nous chantons d'un coeur las une étoile parfaite
                                                                       Qui nous fait signe à travers l'épaisseur de pierre".
                                                                                            (La Vierge de Paris)


Né le 11 octobre 1887, Pierre-Jean Jouve est sans doute un des plus grands et des plus ignorés poètes français du XXéme siecle...Une grande oeuvre en vers, et une grande oeuvre en prose (dont plusieurs écrits sur la musique), ce qui est rare... Encore plus rare, la place importante qu'y tient le désir de la femme, l'amour charnel, la sexualité spriritualisée (pas envie de dire "érotisme").
On pense tout de suite à un Baudelaire moderne qui aurait expérimenté Freud (Blanche, la femme de Jouve, fut une des premières psychanalystes françaises), lu Rilke et les surréalistes, écouté Berg et Webern, et traversé l'horreur de deux guerres mondiales.
Son premier roman, Paulina 1880, fut mis en film avec justesse en 1971 par Jean Louis Bertuccelli (celui qui a tourné entre autres Remparts d'argile). Le film est hélas introuvable, mais on se doit de lire le roman, ainsi que Le monde désert, son deuxième roman, peut-être encore plus beau, pendant qu'ils sont encore trouvables... Et, évidemment, les poèmes :



"Ah! le poète écrit pour le vide des cieux
Pur bleu que l´hiver ne parvient plus à voir ! il écrit dans la conjuration des silences de neige
Des étouffements de fêtes fallacieuses ! et dans le manque, et dans la matité, chacune de ses lignes est comme s´il n´était pas (et son fin personnage, habillé aux lumières, est comme s´il n´était pas),
Et seul dans la conjuration secrète et admirable, regardez-le plaider pour ses amours bizarres
Quand nul n´osa pour lui le courage d´amour :

Alors sur la rive noire des vents fabuleux et des sommeils d´algues, et sous le poids très doux des tempêtes de brume,
Il enferme le mot dans la bouteille verte,
Cloches de désespoir et d´horribles engrumes !
Il jette à la vague supérieure une bouteille sans action, sans force et sans direction qui atteindra le plan d´amour
Un jour, hors de beauté, hors de gloire, hors de jour."
(Langue)






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Jeudi 8 octobre 2009




Symbiosis (2001)


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Lundi 5 octobre 2009
                                                                                 
                                                                                             

                                                                 " Au centre de la fête, il y a le vide.
                                                                   Mais au centre du vide, il y a une autre fête."
                                                                                  (Poésie verticale 12)


Il est né en Argentine le 5 octobre 1925. Contraint à l'exil sous le régime de Peron, il devient expert de l'Unesco dans une dizaine de pays Amérique latine.
Il fut l'ami du grand poète Antonio Porchia, argentin lui aussi (voir mes liens). A la fin de la trés belle et importante postface qu'il consacre à l'oeuvre unique de celui-ci, Voix (la préface étant rédigée par Borges), il écrit : "Ai-je parlé de Porchia ou de moi? Je crois que la profondeur n'admet pas ces différences. Simplement  j'ai parlé, parce que, comme lui, m'a vaincu ce que j'ai dit."
Toute son oeuvre porte le même titre, Poésie Verticale, chaque recueil (15 en tout) se différenciant par un numéro .
Il est mort en 1995 à 70 ans, à Buenos Aires.


"Je ne sais si tout est dieu.
Je ne sais si quelque chose est dieu.
Mais toute parole nomme dieu:
soulier, grève, coeur, autobus.
Et plus, autobus incendié,
vieux soulier,
grève générale,
coeur prés des ruines.
Et plus encore :
autobus immobile pour dieux,
soulier pour aller dans les mots,
grève des morts en guenilles,
coeur au sang des ruines.

Et plus.
Mais n'importe.
J'ai fini de prier.
Je vais chercher maintenant le dos de dieu."

(Poésie verticale I, 8,
Traduit par Roger Munier)








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Vendredi 2 octobre 2009


"Pour éviter d’être identifiés par les policiers, et donc reconduits dans le pays où ils ont préalablement été arrêtés - et où leurs empreintes ont donc déjà été fichées -, un grand nombre de réfugiés préfèrent brûler leurs doigts au fer rouge, avec des clous chauffés à blanc, de l’acide sulfurique ou de produits chimiques plus ou moins divers, des rasoirs de type “Bic“, du plastique ou du papier de verre, pour éviter de “voir leur corps se transformer en un élément qui joue en leur défaveur“…"
(Certains journaux)


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Mardi 29 septembre 2009


Un  urgent mystique pour notre temps : Lanza del vasto.
Il a écrit (au moins) un chef d'oeuvre : Le Pèlerinage aux sources, où il raconte dans un style remarquable ses pérégrinations en Inde de 1936 à 1938, seul et avec peu d'argent, et sa rencontre avec Gandhi, qu'il admirait tant que c'est pour le rencontrer qu'il partît. Le Pèlerinage est à ma connaissance le premier récit de voyage en Inde écrit en français, -  et le seul qui puisse apporter quelque chose.
Il reviendra de ce voyage avec un nouveau nom donné par Gandhi : Shantidas (Serviteur de paix), et le désir de fonder une communauté chrétienne : l'Arche, qui existe encore aujourd'hui, car, contrairement à ce que beaucoup de gens imaginent, Lanza n'a jamais cessé d'être chrétien... Lire par exemple, ses excellents Commentaires sur l'Evangile suffit pour s'en rendre compte.
Utile de préciser qu'avec lui, nous sommes loin du christianisme doloriste, négatif,  dont on voudrait nous persuader : rien de plus viril, engagé dans le monde (rappelons sa participation à la lutte anti-nucléaire, contre la torture en Algérie des deux côtés ou encore contre l'occupation du Larzac) dynamisant  et joyeux que son oeuvre : ce pour quoi nul n'en parle aujourd'hui (même les "chrétiens").
On pourrait le considérer comme le dernier homme complet de ce temps.


"Ne pense jamais : A quoi bon? ce n'est qu'une bête.
Ne pense jamais : C'est bien fait! Il l'avait mérité.
Ne pense jamais : ils sont trop, peut-on les secourir tous?
Ne pense jamais : cela ne me regarde pas.
Mais plains deux fois celui qui est tout chair et souffre tout entier.
Celui qui est coupable et deux fois malheureux."

                                                 ******
"Tu crois pouvoir écraser cette chenille?
Bien, c''est fait : ce n'était pas difficile.
Bien. Maintenant, refais la chenille."

                                                 ******
"Il y a des hommes qui regardent les fleurs d'un air de compétence".

                                                  ******
"L'esprit n'est pas contenu dans le corps.
Comment serait-il contenu dans le corps celui qui s'étend par delà les étoiles?
Celui dont le ciel est le globe de l'oeil n'est pas contenu dans le corps.
Mais le corps, au contraire, est en lui contenu comme l'image, petite, dans la pupille.
Le corps de l'homme est l'image du monde dans l'oeil de l'esprit."

(Principes et préceptes du retour à l'évidence, 1945)




Il est né le 29 Septembre 1901 en Italie, et  est mort en 1981.

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